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jeudi 9 décembre 2010

Sortie de Lucioles n°1 - novembre/décembre 2010

Lucioles est un bulletin qui paraît plus ou moins régulièrement, on pourra y lire des textes d’analyse et d’agitation autour du Nord-Est de Paris et de son quotidien dans une perspective anarchiste. Nous y parlerons des différentes manifestations d’insoumission et d’attaques dans lesquelles nous pouvons nous reconnaître et déceler des potentialités de rupture vis-à-vis de l’Etat, du capitalisme et de la domination sous toutes ses formes en essayant de les relier entre elles et au quotidien de chacun. Nous n’avons pas la volonté de représenter qui que ce soit, ni de défendre un quelconque bout de territoire en particulier qui n’est qu’un modèle réduit de ce monde de merde.

« Les lucioles on les voit parce qu’elles volent la nuit. Les insoumis font de la lumière aux yeux de la normalité parce que la société est grise comme la pacification. Le problème, ce ne sont pas les lucioles, mais bien la nuit. »



Bulletin à télécharger en PDF et à lire texte par texte sur le site de Lucioles.

dimanche 28 novembre 2010

Si tu veux être heureux brûle ton usine



Le 4 octobre, en Hongrie, une usine de production d’aluminium vomissait 1 million de mètres cube de boues toxiques, dévastant vallées et villages sur 1000 hectares, tuant une dizaine de personnes et en mutilant plusieurs centaines. Diverses saloperies, parmi lesquelles plomb, alumine, cadmium, radium, thorium (produits radioactifs) et autres merdes se sont répandues dans les plaines et dans les rivières laissant derrière elles une région profondément et durablement ravagée.
 
Au fond, pas de surprise. Au-delà des évènements les plus médiatisés, tels que Bhopal, les diverses marées noires, Tchernobyl, AZF, on n’oublie pas que ces « catastrophes » ne sont que la partie visible de l’iceberg : chaque parcelle de terre, d’air et de mer a déjà été plus ou moins pourrie. Et ce ne sont pas les fausses oppositions entre industrie lourde et usine autogérée à échelle humaine, chaines de production vétustes ou éco-certifiée, décharge sauvage et tri sélectif, laboratoire de recherche au service du public ou du privé, qui achèteront notre consentement. Quand on nous bassine avec l’injonction « L’avenir de la planète est entre vos mains », qui se décline à toutes les sauces (« trie tes déchets », « jette tes papiers à la poubelle », « mange bio »…), nous ne voyons qu’un sale chantage, basé sur la culpabilisation de tous et sur le vieux mythe de l’intérêt général. En gros, il ne nous resterait que deux (non)-choix : aller vers un mode de production dit « durable », sous la tutelle de l’Etat, soutenu pas la dite « société civile », et accompagnée par l’idéologie « éco-citoyenne », ou alors foncer tout droit vers une apocalypse environnementale et/ou sociale.

La menace d’un désastre planétaire voudrait nous faire accepter les conditions de vie que nous subissons déjà chaque jour : cette domestication imposée par la société capitaliste a besoin de l’industrie pour en tirer profit. C’est en effet là que se situe le cœur du problème, et non dans un mode de production ou un autre, prétendument alternatif. Derrière chaque « mode de production » se cache la même contrainte sociale qui nous réduit à l’état de force de travail. Derrière chaque produit « vert » et son lot de bonne conscience se cachent le même enfermement dans tel ou tel bagne industriel, la même exploitation par le travail. La soi-disant révolution verte conserve en réalité l’essentielle de la structure sociale existante sans toucher aux nombreux rapports de domination qui la façonnent.

Il n’est pas question pour nous d’alimenter ce catastrophisme ambiant, ni de céder à la résignation qui l’accompagne, ni d’accepter le réformisme qui voudrait profiter de la situation pour nous vendre sa dernière marchandise politique.

Mettre des bâtons dans les roues du progrès industriel est toujours possible, tout comme il est possible de porter une critique en acte du travail, en sabotant les multiples rouages de la machine, en pointant les responsabilités réelles des apôtres et des collaborateurs zélés de cette société de merde qui nous pourrie la vie si durablement.

Finissons-en avec elle, avant qu’elle n’en finisse avec nous.
Notre libération est toujours entre nos mains. Un peu d’imagination.


[Tract trouvé autour d’une table de presse anarchiste sur la thématique anti-industrielle dans le Nord-Est de Paris, novembre 2010.]

vendredi 29 octobre 2010

Bonne nouvelle à Babylone : le métro s’arrête, pas de retour à la normale

Indymedia Paris, vendredi 29 octobre 2010

En ces TEMPLE d’ère GLACIERE, j’ai GAITE et PLAISANCE à tirer sur la poignée. Je me suis grimée bien sûr comme pour aller à l’OPERA à cause des caméras. La poignée se trouve au bout du QUAI DE LA GARE en bas des escaliers, elle vient en bloc et c’est DUROC. Mais elle n’est pas MUETTE et l’alarme se met à crier. Heureusement je ne rencontre pas d’ECOLE MILITAIRE ni les KLEBER du pouvoir, je peux prendre le BEL AIR et respirer le JASMIN dans cette TERNES BELLEVILLE.

La retraite ! Ah, ma retraite ! Je n’en aurais pas. Il n’empêche. Dans le mouvement en cours il ne s’agit pas que des retraites, il s’agit plus généralement du travail et de l’exploitation, de ce temps qui nous est volé. Faire grève, saboter, bloquer... sont autant de tentatives pour reprendre ce temps. Et on peut entendre alors dans les manifestations : "en grève jusqu’à la retraite".

Ce mouvement mêle générations et catégories : les lycéens et les pré-retraités, les chômeurs et employés, les syndiqués ou non... Mais il y a peu j’ai vu à la télé, triste sire, un responsable syndical national troquer les retraites contre un débat sur l’emploi, pacter grossièrement pour négocier nos vies et la fin du mouvement. A un vol de temps s’ajouterait un autre vol de temps.

Pourtant partout un refus s’exprime : un refus de travailler, encore et encore, un refus de se faire contrôler, toujours et sans arrêt. Ils voudraient siffler la fin de la récré mais elle ne fait que commencer. Par exemple, des salariés grévistes d’EDF annonçaient hier qu’ils entamaient une baisse de production d’électricité. Partout la nécessité de perturber et de bloquer l’économie est admise et pratiquée.

Alors comme tant d’autres, j’ai décidé de m’y mettre et ce matin j’ai tiré la poignée qui coupe le courant des lignes du métro. Pour que cesse un temps le train-train du quotidien (sur les lignes 2, 3, 6, 8, 9 et 12...). Nous serons donc nombreux aujourd’hui à avoir une bonne raison d’être en retard au boulot !
Pour que vive la grève, les interruptions, l’auto-organisation et les blocages ! Rien n’est fini, tout commence !

La MALESHERBES du métropolitain.

mardi 5 octobre 2010

Correspondants de nuit : des agents de proximité de la guerre aux pauvres

Tu les as surement déjà croisé à Belleville ou ailleurs dans les quartiers que la mairie veut « civiliser », leur uniforme est un polo vert avec un logo de la mairie de Paris au niveau du cœur et un brassard vert, ils se déplacent généralement en patrouilles de 3 à 4 agents (voir photo) et interviennent 7 jours sur 7, chaque soir de l’année, de 16h à minuit. Recrutés chez les ratés des écoles de police et de gendarmerie, ils sont environ 120 fonctionnaires municipaux payés (1 300 euros par mois plus les primes) à marauder chaque jour dans ce que cette société nomme « quartiers sensibles », expression rose bonbon pour parler des quartiers où les pauvres ne se laissent pas dominer sans broncher, et rendent les coups.

Chaque patrouille rédige quotidiennement des fiches de signalement traitées par un bureau central qui se charge de les transmettre aux services concernés (police, services techniques ou sociaux de la mairie, mafia associative, bailleurs sociaux…). Ils sont pilotés par les élus locaux pour effectuer un travail de fichage sur les populations indésirables (sans-abris, sans-papiers, squatters, prostituées, toxicos, repris de justice et autres pauvres). Leur rôle est principalement tourné vers une assistance aux flics et la répression des « incivilités ». Des protocoles d’échange d’information sont établis avec les flics, les GPIS, les proprios et les diverses mafias associatives de grands frères de quartier et de pompiers de la révolte, ils sont en quelque sorte les couteaux-suisses du pouvoir, un nouvel aspect de cette nouvelle philosophie policière appelée « Prévention de la délinquance ».

Pour résumer, ce sont des balances professionnelles, qui rédigent des fiches de signalement pour les élus sur les individus socialement suspects, qui préparent le terrain à des interventions policières, qui participent de fait à l’occupation policière du quartier. Ils sont des agents de proximité de la guerre aux pauvres, cette guerre qui vise à virer les pauvres du quartier pour y installer des populations plus riches, plus solvables avec un meilleur pouvoir d’achat et un goût pour la tranquillité sociale de leurs porte-monnaie.

Sous leur allure « sympathique » (comprendre « des flics sans la gâchette facile »), se cache en fait des flics en mission de fichage et de répression pour la mairie, ils sont des facilitateurs du travail des keufs, des juges et des proprios, dans une mentalité purement démocratique. Ils achètent la paix sociale au prix d’un sourire sur une matraque. Sache qu’ils se désinfectent les mains après te l’avoir serrée.

Démasquons les ! Dégageons-les !
Eux comme tous ceux qui veulent nous éduquer, nous civiliser : nous fliquer

 

Nous opposons la guerre sociale à cette paix sociale qu’ils essayent d’imposer à coup de fric, de médiateurs et de flics.

Quelques anarchistes incivils du quartier.

Tract trouvé sur Indymedia Nantes.

 

vendredi 17 septembre 2010

Le feu au village - Contre la guerre aux pauvres dans le Nord-Est de Paris

Il se trouve que la mairie de Paris veut nous civiliser. Ça tombe bien, nous on veut en découdre avec elle et tous ceux qui participent au triomphe de la civilisation, avec ses valeurs et sa morale cadenassée par le fric, ses flics et ses avant-gardes culturelles, militaires et politiques. Par le biais de ses artistes, la ville voudrait nous faire croire que cette vaste cage qui nous sert de monde est un havre de liberté et d’harmonie. Elle pose la création artistique comme un moyen d’exorciser les tensions sociales pourtant bien présentes. On nous avait déjà vendu le foot, la politique et la religion pour nous calmer, pour servir d’exutoire à la guerre sociale. Ouais, mais non. On préfère encore faire exploser les stats des voitures cramées et poser la conflictualité en acte comme seul rapport au système.
 
A vrai dire, la création en soi ne nous pose pas de problème, mais sa récupération et son utilisation par le pouvoir, oui. Il s’agit alors d’aseptiser et de nettoyer les quartiers destinés à accueillir les nouveaux riches, les classes moyennes et autres populations plus solvables, avec leurs belles gueules et leur sale pognon.
Ça marchera pas.

Belleville est en train de devenir un zoo où les bobos peuvent se promener à loisir dans les rues taguées où ce que l’on considère ailleurs comme du vandalisme est ici transformé en marchandise rentable économiquement et électoralement, en art officiel ; où les artistes sponsorisés par la mairie peuvent faire croire à un semblant de différence et de contestation citoyenne (imagerie gauchiste et appel au vote favorable à la mairie) ; où les éducateurs de quartier présentent une image plus douce que la flicaille en uniforme pour mettre un voile doré sur sa présence quasi-permanente et son sale travail. Le cosmopolitisme de la pauvreté est ici présenté aux bobos comme un « élément de décor », comme on exhibe dans un zoo la variété des animaux encagés. En quelque sorte, du tourisme social de proximité, un film de Ken Loach en vrai. La mairie peut ainsi donner à Belleville l’image d’un village paisible de mixité sociale.

Mais foin de tout cela ! Nous avons retenu de la mixité sociale qu’elle n’était que guerre aux pauvres.
Nous, les animaux de ce zoo, nous ne voulons que grignoter les barreaux et brûler la cage.

De fait, la mairie cherche par divers moyens à virer les pauvres et les indésirables des rares quartiers de la ville-musée où ils survivent encore : occupation policière, augmentation du « coût de la vie » (comme si la vie et l’argent étaient liés), rafles de sans-papiers, enfermement des plus réfractaires à la loi, tolérance sélective sur la diffusion de la came, contrôles, multiplication des gardes-à-vue pour apprendre à se tenir à carreau où pour provoquer l’exil, mobilier urbain conçut pour conjurer l’oisiveté ; chaises ovales, bancs glissants, cactus sur les rebords, du bitume à en crever, des portes, des murs, des verrous pour les pauvres et des clés pour les riches, des barrières. Le tout sous la protection bienveillante des caméras de surveillance et des vigies citoyennes.

Contrairement à ceux qui ont tout à y perdre, leur fric, leur pouvoir et leurs rôles sociaux, nous entendons fissurer la paix sociale à toute occasion. Nous voulons poser le problème de l’exploitation et de la domination partout où elles existent, de jour comme de nuit. Nous ne voulons plus voir les riches exhiber leur tranquillité au coin des rues, des ateliers de travail et des ateliers d’artistes, dans les bars branchés... Car elle est inséparable de la misère qui l’accompagne et qu’ils essayent de repousser en zone 5 du RER ou sous un pont du périph’.

Nous ne venons pas en paix, la conflictualité et la destruction subversive pour seule catharsis.

Si Belleville est un village, alors sortons les fourches.
Contre les riches, les flics, l’Etat, les politiciens, les agents immobiliers, la guerre aux pauvres, la mairie et ses artistes de boutique.

 

Quelques relous indomptables,
anarchistes de surcroit.



En PDF. 

mardi 24 août 2010

Non vraiment, t’aimes ton quartier ?

Dans ce monde où tout ressemble de plus en plus à une prison (prisons, hôpitaux psychiatriques, maisons de retraites, écoles, supermarchés, temples en tout genre, centres de rétention, transports, usines, urbanisme concentrationnaire, parcs et aires de jeux, logements, administration, etc.) il y a plusieurs choix possibles : la révolte et la lutte contre cet existant qui nous étouffe, la résignation, l’indifférence et la réappropriation des rapports de domination qui régissent cette société.

Se réapproprier la merde, c’est par exemple être fier de ta taule (avec barreaux) de ton quartier (sans barreaux), de ton petit bout de trottoir, de ton boulot de merde, ton "identité" et même de choses totalement anodines ou qu’on nous a collées sur la gueule à la naissance comme la couleur de peau, le nom, les origines, le sexe ou le genre. « 9.3 en force ! » « Fleury-Merogis nique tout ! » « La France aux français ! » « Black Power ! » « Fier d’être juif ! » « Girl power ! » « Corsica nazione ! ». A chacun sa petite fierté identitaire à mettre en concurrence avec celle des autres.
Autant de mécanismes aussi petits et cons que la prétention à l’intégration pseudo-universaliste des républicains, autant de particularismes remplaçant ton individualité en te donnant l’impression de vivre par autre chose que par toi-même. Autant de choses pour nous faire oublier que nous sommes des humains, tous autant que nous sommes, et que nous vivons tous dans le même monde, ce monde de merde.

Ce qui nous différencie les uns des autres, qui nous sépare souvent, nous relie aussi, ce sont nos choix individuels que nous faisons sans l’aide de quelconques directeurs de conscience et sans être déterminés par quelques facteurs "socio-culturels" à la con. Nous entendons être bien plus que du gibier à sociologue et nous ne voulons plus fonder notre cause sur d’autres choses que sur nous-mêmes, ces choses qui nous asservissent comme les frontières, les genres, les communautés, les corporations, les religions, les ethnies, les nations, les patries...

Le 20 juin dernier, des milliers de T-shirts « J’aime Belleville » (avec au dos « Sécurité pour tous » en français et chinois) étaient distribués dans tout le quartier et portés par des habitants de façon joviale et irréfléchie dans une grande messe dominicale de la franche connerie citoyenne, sécuritaire et communautariste. Autant dire que notre sentiment face à cela fut le dégoût, et nous ne parlons même pas des lynchages racistes que nous avons déjà évoqués ailleurs et dont on a déjà discuté ici-même, si tu te souviens.

Au fait, t’aimes quoi au juste dans ton quartier ? Les flics qui jouent aux cow-boys, leurs caméras à tous les coins de rue, l’exploitation, les taudis pourris qu’on te loue la peau du derche, le vigile du ED de la rue de Belleville qui te tripote en permanence, les barres d’immeubles qui te barrent l’horizon, le gardien qui t’ordonne de bouger ton cul parce que le parc va fermer, les cafés pour riches qu’on te refourgue au prix d’un repas de pauvre à cause de l’invasion des bobos et autres artistes branchés accrédités par la mairie de Paris pour laver le quartier des pauvres comme nous, cette saleté de came qui nous endort, nous empêche de nous révolter, qui inonde les rues et fournit aux flics une bonne raison pour justifier leur immonde présence, ces tacherons de contrôleurs RATP et leurs têtes à claques, les poucaves et les indics qui te vendent aux condés à la moindre occasion de se faire bien voir ou de se racheter un casier, ces gros bâtards de politiciens et d’éducateurs qui viennent te faire croire qu’ils sont tes amis et qui t’envoient les keufs dés que t’as le dos tourné, les journaflics qui viennent te filmer comme dans un zoo pour montrer leur image du bon pauvre qui bronche pas et qu’en est fier ; ou peut-être bien que ce que t’aimes dans ton quartier, ce sont les rafles de sans-papiers dans la rue, les transports, à la CAF, à la sortie de l’école, et la chasse à l’homme permanente contre biffins et marchands ambulants ? En gros le même merdier qu’ailleurs.

Belleville comme tout autre quartier, c’est avant tout un gros tas de cibles à attaquer et à défoncer, de flics à dérouiller, de frustration sociale et de colère à exprimer et d’exploiteurs à dépouiller ; et toi tu voudrais te réapproprier tout ca ? En être fier et le revendiquer ?
Non, vraiment, respire un bon coup, réfléchis un peu avec tes tripes et ton cœur plutôt qu’avec l’idéologie du 20H et choisis ton putain de camp face à la domination.

Réapproprions nous la guerre sociale plutôt que de la subir en victimes. Battons nous pour un monde de liberté plutôt que pour un bout de trottoir occupé.


Quelques anarchistes et sans-patrie du quartier.


 
[Tract trouvé en juillet 2010 dans les rues de Belleville, à Paris.]

A Belleville comme ailleurs... Sur un air de guerre civile

Il y a peu, le 20 juin à Belleville, une manifestation organisée par des associations chinoises et soutenue par la mairie du XXe arrondissement (PS), appelait les forces publiques à renforcer les mesures de sécurité et de contrôle dans le quartier (plus de flics, plus de caméras...) sur fond de tensions inter-communautaires (fusillade, agressions...). Ce qui est mis en avant, c’est que la communauté chinoise serait particulièrement visée, selon les manifestants, par la délinquance, en insistant sur le fait que celle-ci viendrait surtout des noirs et des arabes. Ainsi, prétextant un vol de sac par « un délinquant », des affrontements éclatent, à dix contre un, contre des enfants du quartier désignés comme des « voleurs », qui se font alors lyncher à terre sous la bienveillance de la police qui a déserté la place en ayant tout à fait bien compris la situation.

Dans ce quartier qu’on nous a toujours vendu comme un berceau du cosmopolitisme et de l’ouverture multi-culturelle (« le melting-pot bellevillois »), ce qui a éclaté ce jour-là ce sont les images réelles de la fermeture communautaire et de l’absence totale de métissage. Il suffit de se balader dans le quartier pour constater que juifs, français, arabes, bobos branchés, chinois et noirs ne se mélangent pas. Ce sont des décennies d’hypocrisie anti-raciste et humaniste qui explosent d’un coup, laissant éclater au grand jour toute la haine larvée, le racisme et le mépris des uns envers les autres que la gauche bien-pensante a toujours voulu cacher de force à coup de propagande citoyenniste et sécuritaire.

Mais lorsque nous entendons parler de communautés, ethnies, nations religions, patrie, de citoyens et de délinquants, d’honnêtes gens et de voleurs, d’immigrés réguliers et de sans-papiers, nous ne voyons que la volonté de diviser et séparer les individus entre identités imaginaires afin d’universaliser la mainmise de l’État et le règne du capitalisme plutôt que de la liberté. Il nous parait clair, à nous qui voulons supprimer l’État, les frontières, les prisons, l’exploitation, les dominations sexistes et racistes ainsi que le monde qui les produit, qu’il faudra bien s’unir, du moins trouver des terrains d’entente entre des individus librement associés pour détruire cette société qui nous détruit.

Arabes, chinois, renois ? Rien à foutre.
Nique les patrons, la police, la justice, l’État, ses frontières physiques et mentales !
Refusons la guerre entre pauvres, et que la guerre sociale vienne à bout de ce sale monde.

 

Quelques anarchistes et sans patrie du quartier.
 
[Trouvé en juin 2010 sous forme de tract et d’affiche sur les murs et dans les rues de Belleville.]

Qui sommes nous ?

Cela fait déjà quelques temps que nous sommes présents sur ce marché, avec notre table de presse, nos sourires (parfois) et nos yeux fatigués (toujours). Comme beaucoup le savent déjà, nous sommes là pour parler de nos idées, les diffuser, faire connaitre des textes sous forme de brochures qui nous paraissent importants, faire des propositions, toujours sans médiation. Cependant une question nous revient souvent, « c’est quoi les anarchistes ? ».

On connait mal les anarchistes, et souvent on croit connaitre leurs idées alors qu’en fait nous n’en entendons parler que par le biais de faits divers (sabotages, émeutes, actions directes) transmis par la police aux journalistes, qui eux-mêmes redistribuent l’« information » au plus grand nombre. Jamais pourtant ces « informations » n’ont réellement abordé le fond de la pensée de ceux qui luttent pour l’anarchie, hormis dans le but de désinformer et stigmatiser pour mieux réprimer ensuite. On nous parle souvent de l’affaire de Tarnac et des sabotages de caténaires SNCF dont les médias parlaient tant il y a quelques temps, ou encore de la campagne récente de sabotage de distributeurs de billets de banques balances en solidarité avec les sans-papiers.

Les anarchistes en fait ont à cœur de comprendre pourquoi la terre et tout ce qui s’y trouve ne constitue pas un héritage commun à tous ceux qui la peuplent. Pourquoi certaines personnes ont fait le choix de se l’approprier et de la léguer à leurs héritiers ? Pourquoi, selon le bout de terre, exécute-t-on celui qui vole pour survivre ? Pourquoi enferme-t-on des gens qui n’ont pas le bon bout de papier ? Pourquoi traite-t-on les femmes comme des sous-hommes ? Pourquoi alors qu’une majorité est exploitée, une minorité tient les rennes de cette exploitation ? Il y a encore beaucoup de questions comme celles-la... Mais parmi elles, la plus importante est certainement : Pourquoi les dominés du monde entier acceptent-ils ce sort alors qu’il suffirait qu’ils se révoltent pour vaincre la minorité de dominants ?

Pour comprendre les idées des anarchistes, il suffit d’imaginer un monde dans lequel l’entraide remplacerait domination et concurrence. Ce monde n’est pas celui que nous connaissons.

Les anarchistes font partie de ceux qui sont en guerre contre l’existant, cet état du monde qui fait froid dans le dos ; qui ne veulent plus accepter cet ordre fou des choses, ce statu quo, qui en imposant sa paix impose la censure de nos désirs. Cette paix qui ne peut que s’imposer par la violence de l’Etat et de l’économie entre directement en conflit avec nos aspirations de liberté, avec la nécessité indivisible de combattre au quotidien. Et comme le disait en 1854 l’anarchiste Joseph Déjacque (que vous avez certainement déjà croisé sur notre table), « par le bras et le cœur, Par la parole et la plume, Par le poignard et le fusil, Par l’ironie et l’imprécation, Par le pillage et l’adultère, Par l’empoisonnement et l’incendie », les anarchistes combattent depuis des siècles la domination et l’autorité.

Nous sommes contre toute forme d’Etat et d’institutions, nous détestons la société parce qu’elle ne fait qu’opprimer les individus qui la composent, nous voulons détruire les prisons parce que l’enfermement sert à notre neutralisation sociale, parce qu’il n’a jamais rien réglé en profondeur, parce que nous ne supportons plus que la société se venge contre nous ou tous ceux qui ne supportent plus ce monde.

Si tout cela ne te fait pas peur, si comme nous tu penses que le jeu en vaut la chandelle, jette ce bout de papier et regarde autour de toi : la domination est partout : agences d’intérim, pôle emploi, boutiques de luxe, commissariats, palais de justice, centres de rétention, prisons, usines, supermarchés, expulseurs, vigiles, tous tirent profit de ta domination. Tous doivent payer pour les marques sur nos mains, pour les blessures mentales et physiques dont ils ont parsemé nos corps et nos esprits.

Et tant que ce monde existera, nous prônerons la haine de ce monde.
Et tant que ce monde existera, nous continuerons de diffuser nos idées ici comme ailleurs, alors discutons un peu.

Des anarchistes.

[Tract trouvé sur un marché quelque-part dans le nord-est de Paris.]